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1909
L'OEUVRE DU MARQUIS DE SADE
Zoloé - Justine - Juliette - La Philosophie dans le boudoir - Les Crimes de l'Amour - Aline et Valcour.
PAGES CHOISIES Comprenant des morceaux inédits et des lettres publiées pour la première fois, tirées des Archives de la Comédie-Française.
INTRODUCTION, ESSAI BIBLIOGRAPHIQUE ET NOTES PAR GUILLAUME APOLLINAIRE
Biographie du marquis de Sade - Le marquis de Sade a-t-il été cause de la prise de la Bastille ? - Idées politiques du marquis de Sade - Il est opposé à la peine de mort - Portrait physique du marquis de Sade - Son portrait moral - Lettre de Mirabeau à l'agent Boucher et à M. Le Noir - La prétendue folie du marquis de Sade - Son testament - Vers du marquis de Sade - Opinions du docteur Eugen Duehren, de M. Anatole France et vers d'Émile Chevé sur le marquis de Sade - Intérêt que présentent ses ouvrages pour l'histoire de la civilisation - Idées sociales du marquis de Sade - Fragment inédit d'un de ses contes - Le marquis de Sade précurseur - Ses idées sur la femme - Analyse de Justine - Découverte du manuscrit original de Justine - Analyse de Juliette - Le marquis de Sade et la science médicale - Analyse des 120 journées de Sodome - Les journées de Florbelle - Le Portefeuille d'un homme de lettres - Notes inédites concernant les idées pénales et les idées dramatiques du marquis de Sade - Son théâtre - Lettre à M. Girard - Note inédite concernant La Ruse d'Amour - Lettres inédites du marquis de Sade à la Comédie-Française - Oxliern - Le Théâtre Molière - Extrait du Moniteur concernant la seconde représentation d'Oxliern - Lettre du marquis de Sade concernant la représentation d'une de ses pièces à Versailles et à Chartres - Lettre du marquis de Sade concernant Jeanne Laisné ou le Siège de Beauvais - Le marquis de Sade comédien - Le marquis de Sade et les représentations de Charenton - Dramaturgie sadique - Conclusion.
1930
OTTO FLAKE : Le Marquis de Sade (traduit de l'allemand par Pierre Klossowski)
AVANT-PROPOS
Certaines considérations pouvaient me faire hésiter à consacrer un ouvrage à la vie et à l'oeuvre du marquis de Sade. Non point un sentiment d'incompétence. Il n'est pas expressément nécessaire d'être médecin et psychiatre, pour traiter ce sujet qui appartient surtout au domaine de la caractérologie. Mon hésitation venait de ce que les biographies étant actuellement très en vogue, on risque d'être suspecté, à vouloir choisir l'une des personnalités les plus scabreuses.
Mais il est aujourd'hui admis comme une vérité évidente que tout ce qui a vécu mérite l'attention. Chez nous, l'esprit des vieux principes idéalistes est encore assez fort pour mettre en doute cette vérité. Certes, il est plus noble de consacrer son temps à Calvin ou à Leibnitz, plutôt qu'à Sade et à Rétif qui appartiennent aux phénomènes négatifs. Mais les phénomènes négatifs complètent les phénomènes positifs, et ce n'est qu'à
l'étude d'une nature problématique que s'avère la valeur de la santé, de la norme, de l'humanité supérieure.
Mon livre est donc une contribution à l'histoire des idées et à la psychologie.
Baden-Baden, printemps 1930.
OTTO FLAKE.
1936
MARK AMIAUX: La vie éffrenée du Marquis de Sade
Pour certains, le nom de Sade est synonyme d'abjection. Pour d'autres, au contraire, il constitue une sorte d'apéritif à leur curiosité, mais les uns et les autres ignorent également l'homme. Certes, il serait difficile d'avancer que le « Divin Marquis » fut un saint, et ce livre n'est pas un plaidoyer en sa faveur. Sade n'est guère défendable devant le tribunal de la postérité, il faut l'avouer, mais il fut un homme comme il y en a tant. Dans les colonnes de nos journaux, nous pouvons lire quotidiennement le récit des aventures de marquis de Sade modernes. Y attachons-nous de l'importance ? L'Antiquité, l'Espagne et l'Italie de tous les temps ont offert des milliers d'exemples d'actes sadiques. Est-ce que, pour cela, nous ne reconnaissons aucune qualité aux hommes qui illustrèrent ces époques ? Juger trop rapidement est un danger et conduit fatalement à des erreurs, et ceux qui condamnent sans appel le personnage méritent le qualificatif de primaires. Ou bien, ils n'ont pas la moindre connaissance de la psychologie humaine, ou bien ils sont d'un parti pris écoeurant, de ce parti pris qui fait des révoltés. En réalité, et en allant bien au fond des choses, le marquis de Sade apparaît comme une victime plus que comme un bourreau.
Fut-il fou ? Peut-être, mais alors sa folie est celle de beaucoup d'hommes, car elle ne fut constatée par aucun médecin de son temps et, au surplus, ceux qui entretinrent un commerce avec lui, même s'ils étaient ses ennemis, s'accordèrent pour reconnaître qu'il était remarquablement intelligent. Il est vrai, le marquis de Sade représente un cas, mais un cas qui n'est pas unique. Il est incontestable qu'il avait, en lui, le germe de la cruauté, mais, sans doute, cette cruauté ne se fût-elle pas manifestée avec autant de plénitude si, dans sa jeunesse, sa sensibilité, qui était très vive, n'avait pas été heurtée. Il était une manière d'indépendant qui eut le malheur de naître à une époque où l'on ne vivait pas toujours selon son gré. On l'obligea, tout d'abord, à épouser une jeune fille qu'il n'aimait pas et qu'il délestait même. Dans la suite, sa belle-mère s'érigea en redresseuse de torts intransigeante. Il lui dut de passer le tiers de sa vie en prison et ce fut là qu'il composa presque toutes ses cruvres.
Peut-on s'indigner, peut-on même s'étonner, alors, de ce que ces oeuvres soient le fruit d'une imagination surchauffée ? La belle-mère du marquis doit donc être tenue pour responsable de tout, car le vrai marquis de Sade est celui de ses livres beaucoup plus que l'homme lui-même. D'ailleurs, ses contemporains, qui ne se firent pas scrupule de dauber abondamment sur lui, ne se gênèrent nullement pour lui prêter les aventures de ses personnages. A la vérité, la grande ennemie de notre homme fut, sans contredit, la légende.
Ce livre ne tend pas, je le répète, à réhabiliter le marquis de Sade. J'ai, au contraire, voulu présenter l'homme nu. Je ne me suis pas constitué son avocat, mais son manager, pour me servir d'un mot d'aujourd'hui, et, par-dessus tout, je me suis astreint à une impartialité absolue. J'ai voulu débarrasser ce travail de toutes considérations en marge, sauf dans les cas, rares il est vrai, où j'ai estimé qu'il fallait, par un bref commentaire, mettre un fait en relief.
Cet ouvrage n'est, certes, pas le premier que l'on écrive sur le marquis de Sade, mais il n'est pas, non plus, une redite. Jusqu'à présent, l'existence de ce personnage présentait des tournants pleins d'ombre, et les biographes qui m'ont précédé ont regretté qu'ils ne pussent combler des lacunes qui s'étendaient, souvent, sur plusieurs années. Or, j'ai eu le bonheur d'avoir communication de documents qui m'ont permis de combler certaines de ces lacunes.
J'ai surtout, beaucoup puisé dans la précieuse correspondance inédite du marquis de Sade, mise en ordre par Paul Bourdin, et j'ai pu, par là, reconstituer des épisodes entiers. Ainsi, c'est la première fois que, dans une « Vie du marquis de Sade », il est fait mention de l'affaire Treilhet et de celle des petites filles de Lyon. Mais, quoique plus complet que les précédents, ce livre ne l'est pas tout à fait.
Écrire une vie intégrale du marquis de Sade sera, sans doute, la tâche de ceux qui viendront après moi.
1939
JEAN DESBORDES : Le Vrai Visage Du Marquis De Sade
On a beaucoup écrit sur le marquis de Sade, mais jusqu'à l'année 1931 où Paul Bourdin publia de nombreuses lettres inédites provenant de la succession du notaire Gaufridy, on écrivait dans le noir. L'ombre gigantesque, projetée par l'atroce et "divin" Marquis, semblait parsemée de ces motifs picturaux chers à Dali plaies vives grouillant de vermine, sexes difformes et mutilés, etc...
Bref, la légende avait bon dos. Elle fourmillait d'invraisemblances, d'atrocités suspectes, de meurtres à faire frémir Gilles de Rais lui-même. Le nom seul de Sade, prononcé au cours d'une conversation bourgeoise, créait un malaise que les plus braves n'osaient dissiper. Il existait bien quelques poètes pré-surréalistes que l'esprit de provocation et l'amour du blasphème contraignaient à hisser Sade sur le plan des dieux; mais tout cela sans rime ni raison, sans preuve, sans fait, sans "référence".
Grâce à Maurice Heine qui avait exhumé les procédures d'Arcueil et de Marseille, à Paul Bourdin qui publia la succession Gaufridy, notre point de départ se trouvait grandement facilité. Ensuite, les évènements se mirent à notre service. La famille Sade - ou ce qu'il en reste - nous prêta d'innombrables documents inédits. Un collectionneur parisien nous apporta ses trésors. Un long voyage d'études au pays d'origine de Sade, la Provence, un examen rigoureux et attentif des Archives Départementales du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, nous dévoila enfin le détail de la vie aventureuse et sanglante du personnage le plus singulièrement paradoxal qui ait existé.
Mais qu'on ne se méprenne pas. Nous ne tentons aucune réhabilitation. Cet écrivain génial, ce véritable créateur de la " Psychopathia Sexualis ", ce persécuté de naissance n'a que faire d'une tentative de disculpation. Il a payé de vingt-six années de forteresse le droit d'être placé en dehors des conversations, de la morale et des lois. Il est, et sa présence écrasante ne réclame ni appui, ni tolérance, ni excuse, mais seulement l'exactitude des faits. Sa richesse intérieure, ses malheurs, rachètent de trop loin ses fautes - voire ses coupables erreurs - pour que sa mémoire n'exige point que lumière soit faite. Aussi nous sommes-nous uniquement attachés à rapprocher, à combiner lettres, documents, minutes de notaires, rapports de police, comme un enfant réunit les diverses parties du puzzle. C'est tout. Mais nous voulons espérer que de la lecture de ce bizarre assemblage de pièces sans vie, jaillira cette lumière de vérité qui remplacerait avantageusement l'obscurité propice aux interprétations fantaisistes.
JEAN DESBORDES.
1947 (ici édition de 2002)
MAURICE NADEAU : Sade, l'insurrection permanente
suivi de "Français, encore un effort si vous voulez être républicains"
Maurice Nadeau a trente-six ans lorsqu'il publie à La Jeune Parque la première anthologie vendue en librairie des écrits de Sade. Pas pour longtemps : une mesure de police va éteindre sa diffusion. 1947, la date n'est pas si lointaine et l'on peine à se figurer ce que représentait alors cette oeuvre-là, comme nous paraît étrange cette police qui se mêlait de littérature. Nos limiers ont mieux à faire aujourd'hui, à moins qu'ils n'aient pris goût aux publications de Maurice Heine, de Gilbert Lely ou de Jean-Louis Debauve qui consolidèrent jusqu'à récemment le corpus des oeuvres sadiennes tandis que Georges Bataille, Pierre Klossowki, Maurice Blanchot et Annie Le Brun en tissaient l'exégèse. Journaliste à Combat après avoir servi le Journal du PSOP, Nadeau est un normalien qui a quitté son poste pour se consacrer à la critique littéraire.
Son premier livre est une Histoire du surréalisme (1945), au contact duquel il a pris connaissance du divin marquis. "La lecture de Sade vous empaume" constate-t-il en préface à son "Exploration de Sade". C'est dire que les écrits subversifs de Sade n'ont pas fini de nous secouer puisqu'il recommande aux révolutionnaires de son temps de ne "pas abandonner l'état d'insurrection où ils se sont placés. Une liberté sexuelle sans limites, établissant pratiquement la communauté des corps, la licence dans le meurtre, la permission du vol, de la calomnie, la faculté de tourner en ridicule toutes les religions et d'en interdire l'exercice, constituent ses revendications essentielles."
"C'est sur la proposition d'un éditeur que je publiai en 1947 une anthologie de Sade intitulée ouvres. Le grand spécialiste de Sade, Maurice Heine, en avait publié une, de 1933 à 1935, par souscription, c'est-à-dire sous le manteau. La mienne s'adressait au public et, publiée par un éditeur ayant pignon sur rue, elle devait être vendue en librairie. Sade était loin d'être un inconnu et, au même moment, les exégètes, de Paulhan à Klossowski et Blanchot, n'étaient pas rares. Mais de quoi parlaient-ils ? D'une ceuvre inédite, pour la plus grande partie clandestine et qu'à part certains lettrés personne n'était en mesure de lire.
Si les meilleurs esprits reconnaissaient à Sade la qualité d'écrivain, pourquoi était-il tenu sous le boisseau ? Alors qu'au même moment je formais un comité de défense d'Henry Miller, poursuivi pour « atteinte aux bonnes mceurs », il me sembla, en publiant au grand jour des extraits choisis de La Philosophie dans le boudoir, de Juliette ou des 120 Journées, prendre fait et cause pour un écrivain - fût-il mort depuis deux siècles -, et contre la censure.
je pus me procurer, grâce à des libraires d'« anciens » et à un éditeur clandestin, certains ouvrages de Sade publiés à «Amsterdam », en fait à Paris au x7xe siècle. Les autres, nulle autre perspective que de les copier à « l'Enfer » de la Bibliothèque Nationale, «Enfer» où je fus admis sur la recommandation de Pascal Pia. J'en profitai pour prendre connaissance du volumineux dossier composé par Maurice Heine. S'y trouvait, non rédigée mais ordonnée chapitre par chapitre, une biographie du Divin Marquis, biographie qui a servi de guide aux biographes ultérieurs.
La lecture de Sade vous empaume. Par ses qualités d'une écriture propre au xvili siècle, le plus intelligent de notre histoire, par les convictions philosophiques et « morales » d'un esprit dont l'audace n'a pas de limites, par le souvenir d'un homme qui triomphe insolemment de sa condition de victime. Mon « Exploration de Sade » a été écrite dans cette fascination. Elle est d'un homme jeune encore, dans une époque qui permettait des espoirs.
Aujourd'hui beaucoup des ouvrages de Sade se trouvent en format de poche après que des éditeurs comme Jean-Jacques Pauvert ont souffert les tracasseries d'une Justice toujours bien-pensante. En 1947 je n'avais eu, chez les libraires les moins timorés, que l'honneur du « second rayon », loin du regard des enfants. L'ouvrage disparut de la circulation, sans doute par des mesures de police, avant qu'un article l'eût signalé. Je n'ai jamais reçu de compte. Mes Éditeurs n'exitent plus.
Récemment, un catalogue de librairie signale la présence de cet ouvrage introuvable. Je me le fais envoyer. Je relis mon essai. Peu de personnes le connaissent, et pour cause. Je le crois digne d'être republié, plus de cinquante ans après.
Il précède un texte de Sade, «Français, encore un effort si vous voulez être républicains », qui ne me paraît pas hors de saison.
Je n'ai rien changé à mon texte, sinon le titre, Sade ayant été, depuis, largement «exploré ». La présente édition est dédiée à Annie Le Brun."
1947 puis 1967
PIERRE KLOSSOWSKI : SADE MON PROCHAIN précédé de LE PHILOSOPHE SCELERAT
La publication en 1947 de « Sade mon prochain » a marqué une date décisive dans la venue de Sade au centre de la réflexion contemporâine.
Sa réédition en 1967 propose une double lecture.
En confrontant à « Sade mon prochain », « Sade ou le philosophe scélérat ». (développement d'une conférence prononcée en 1966 sous les auspices de « Tel Quel»), Pierre Klossowski conduit à une seconde étape sa méditation autour de Sade. Si l'athéisme sadien lui paraissait d'abord devoir être entendu dans sa relation préalable à la théologie, aujourd'hui c'est à partir du fait primitif irréductible de la perversion chez Sade qu'il reprend son étude qu'est-ce que le sadisme de Sade? quelle y est la fonction de la raison? Dans l'effort de Sade pour communiquer l'incommunicable anomalie selon les normes rationnelles de l'athéisme, que deviennent les normes rationnelles, que devient l'athéisme ?
Ainsi le discours se déplace-t-il en se poursuivant.
AVERTISSEMENT
En m'éloignant d'un état d'esprit qui me faisait dire Sade mon prochain: tant s'en faut que je me sois rapproché de ceux qui n'ont de cesse d'insister sur le caractère foncier de l'athéisme de Sade pour preuve de la vertu libératrice d'une pensée libérée. Libérée de Dieu que l'athéisme déclare n'être rien, cette pensée se serait donc libérée de rien? Sa liberté serait-elle aussi pour... rien?
A cette question, la toute récente étude, le Philosophe scélérat, tâche de répondre. Placée en tête de la réédition de l'ancien ouvrage, elle doit non seulement marquer tout ce qui oppose l'auteur à sa conception première, mais encore, s'il se pouvait, combler une grave lacune. Si l'auteur eût persévéré jadis dans son premier propos tel qu'il avait commencé à le développer dans l'Esquisse du Système, la plus ancienne des études réunies dans cet ouvrage, peut-être eût-il dès ce moment poursuivi un examen plus rigoureux des rapports de Sade avec la raison, à partir des constatations suivantes :
1. que l'athéisme rationnel est l'héritier des normes monothéistes dont il maintient l'économie unitaire de l'âme, avec la propriété et l'identité du moi responsable;
2. que si la souveraineté de l'homme est le principe et le but de l'athéisme rationnel, Sade poursuit la désintégration de l'homme à partir d'une liquidation des normes de la raison;
3. que, à défaut d'une formulation conceptuelle autre que celle du matérialisme rationnel de son époque (ainsi que l'indique déjà l'Esquisse), Sade a fait de l'athéisme la « religion de la monstruosité intégrale;
4. que cette « religion » comporte une ascèse qui est celle de la réitération apathique des actes, en quoi se confirme l'insuffisance de l'athéisme;
5. que de la sorte l'athéisme sadien réintroduit le caractère divin de la monstruosité - divin en ce sens que sa « présence réelle » ne s'actualise jamais autrement que par des rites - soit des actes réitérés;
6. qu'il apparaît ainsi, que ce n'est pas l'athéisme qui conditionne et libère la monstruosité sadienne, mais qu'en revanche celle-ci contraint Sade à dérationaliser l'athéisme dès que, par ce dernier, il tente de rationaliser sa monstruosité propre.
1948 (?)
GILBERT LELY : D.A.F. de Sade
Prologue
Je suis venu à peine en retard. J'ai crié votre nom dans le puits desséché. Je reviendrai toujours à temps, puisque votre demeure se dresse sur un plateau métaphysique battu des vagues indissociables de ce qui est et de ce qui fut. Donation-Alphonse-François, votre mémoire ne s'est pas effacée de l'esprit des hommes. Ceux qui interrogeaient l'espérance ont adoré dans votre voix le mouvement perpétuel de la liberté.
Le soleil disparaît derrière le chemin de Ménerbes. Là-bas se perd avec les monts Bonnieux couronné d'une aigrette, le visage de mon amour. - La Coste, ô naissance, ô ruines! poussières qui m'avez faitprince! - Dans la vallée du Calavon tous les amandiers sont en fleur. Vous êtes là, Sade. Je sens s'infléchir contre ma bouche les rais de votre invisible sourire.
Introduction
Quel destin peut être comparé à celui de Sade? où nous est-il donné, ailleurs que dans sa vie et dans sa renommée posthume, de reconnaître aussi continuellement la gestion sarcastique de l'Ange du Bizarre? Allié à la race des rois, il ne retire de sa naissance, à une époque de hiérarchie, nulle considération singulière, nulle marge de liberté; archétype du désir, il se consume trente années dans les geôles de trois régimes; clinicien de la plus importante des psycho-névroses, il se voit identifié aux monstres dont il fournit la géniale description, alors que maintes circonstances de son histoire le désignent comme particulièrement humain, généreux et tendre; enfin, lorsqu'après un siècle d'ignorance, justice semble lui être rendue grâce à l'opiniâtreté d'un homme héroïque, un nouveau malaise se fait sentir autour de son oeuvre, en raison du climat confusionnel où se meut aujourd'hui la plupart de ses critiques....